Me voici au seuil du silence

ouatée de grandes nappes blanches,

lumières pures de ténèbres.

Hôpital de la Croix St-Simon, 9 Décembre 20191h 32

[Poèmes saint-simoniens]

Dans l’éternité du néant

Dormir sans lendemain aucun,

Pensée ni rêve, en oubliant

La vie où l’on était quelqu’un.

Hôpital de la Croix St-Simon, 6 Décembre 2019

Plus haute tour

J’habite la plus haute tour
qu’un vent toujours glacial balaye
en éparpillant les corneilles
qui volent et croassent autour.

Le blanc silence des nuages
pose comme neige profonde
sur le vaste préau du monde
et fait miroiter des images.

Je contemple, méditatif,
ce flot infini qui s’étend
devant, derrière, et je m’attends
qu’il m’emporte dans son esquif.


Hôp. Diaconesses / Croix St-Simon
ce 30 octobre 2019

Exil

Chaque jour un peu plus loin de moi je m’exile
de ce moi glorieux qui semblait immortel :
jeunesse, fougue, un appétit universel
où tout semblait offert, où tout semblait facile.

Mon pays de soleil sombre derrière moi,
j’avance maintenant en des lieux inconnus,
ombres, jungles, forêts, les gouffres et les nues
de ces contes d’antan où les ogres font loi.

Pourtant se pourrait-il qu’au lieu de m’éloigner
cette marche forcée plus près de moi m’approche ?
Que l’écho obstiné de ces nouvelles cloches

m’attire vers un sol où je sois rassemblé ?
Une terre apaisée pour dernier domicile
qui verra terminés errance, lutte, exil.

24 octobre 2019

Hommage à mes livres

Mon plus fidèle amour est celui pour les livres.
Ça commença très tôt : il me semble revoir
ma mère me raconter des histoires le soir ;
les mots me fascinaient, déjà j’en étais ivre.

Du magnifique Livre d’Art à l’humble Poche,
tous me sont source inépuisable de bonheur.
Romans, polars, essais, poésie… La teneur
de chacun m’intéresse, à chacun je m’accroche.

Le long des étagères, leurs dos pleins de couleurs
font paraître à mes yeux un merveilleux décor.
Par eux j’ai tout appris, et j’en apprends encore.

Toujours prêts à servir à n’importe quelle heure,
ils me furent souvent soutien dans la douleur,
mes livres, mes amis, d’indicible valeur !

1er Mars 2015

1. En dehors

Le brouhaha mouvant de la vie qui s’agite
Autour de l’hôpital semble un monde lointain.
Ici c’est l’immobile où plus rien ne va vite
La parenthèse calme qu’aucun remous n’atteint.

L’être s’est replié au fond du corps et l’âme
Abandonné aux soins subis passivement
Et ainsi écarté des joies comme des drames,
On se laisse couler dans ce renoncement.

Demain est horizon dérobé dans la nuit
Qu’on n’ose revêtir d’habits trop colorés.
Ici règne en seigneur le Présent, l’Aujourd’hui,

C’est le don de l’instant, le seul que vous aurez.
Et dans cet univers d’existence en retrait,
On ne craint plus le futur qui nous attendrait.

2. En dedans

Restera t-il de nous une trace, une larme ?
Un sillon ? – Même pas. D’autres sillons encore
Toujours remplacent ceux qui nous ont précédés

Mais nous demeurerons souffle de l’infini
Créé dans le limon de l’océan cosmique
Ou tout est contenu, ou rien n’est en dehors.

Croix St-Simon, 21 Avril 2019

Le cadeau

Tout ce temps que la vie nous apporte en cadeau,
C’est malheureusement souvent en dernière heure
Qu’avant de s’en aller en tirant le rideau
On se rend pleinement compte de sa valeur…

Le nourrisson bébé dans son apprentissage
N’a strictement aucune idée de ce que c’est,
Les premières années voient défiler des âges
Qui requièrent du temps pour savoir ce qu’on sait.

Le jeune enfant insouciant de l’âge d’or
Lui, commence à s’en faire une petite idée,
Croyant tout simplement qu’il n’est pas quand il dort
Puisque le jeu est toute son éternité.

En revanche, plus tard, il éprouve le temps
Qui passe toujours trop lentement à son gré
Et il a souvent hâte de « devenir grand »
Pour se projeter dans l’avenir qu’il se crée.

Mais le temps continue à prendre tout son temps
Fonctionnant peu ou prou en tournant en roue libre
Jusque vers les trente ans, où soudain les printemps
Paraissent d’un seul coup comme en déséquilibre.

C’est que tout doucement et insensiblement
Le temps qui au début paraissait immobile
S’est mis inexorablement en mouvement :
Partis à pied, nous voilà en automobile !

Quarante ans, cinquante ans, soixante, soixante-dix…
Chaque fois un peu plus la vitesse accélère
Jusqu’à nous faire accroire que les décennies
Ont duré tout autant qu’un seul anniversaire.

Et un jour on comprend que le don merveilleux,
Le somptueux cadeau que nous offrit la vie,
C’était le temps, ce qu’entre-temps devenu vieux,
On chérit d’autant plus qu’il nous sera ravi.

Train… Train

Plaisir de partir quelque part en train !
Là, plus aucune attache, je suis bien
l’esprit pouvant vagabonder sans frein
dans les paysages à travers l’écran
des vitres leur formant un bel écrin.

Et je m’abandonne au tempo du rail
au chemin linéaire qui se taille
un rang tout droit parmi les trous des mailles
où se laisser glisser… sommeil… éveil…
tout en restant calé dans son fauteuil.

Lors je m’en vais sans hâte ni besoin
vadrouiller vers des horizons au loin
pour voir au delà du bout de mon groin.
Le voyage en train c’est la quintessence
de l’Ailleurs rêvé brillant par l’absence.

Le temps de muser en des méridiens
suscités par les deux rives du train,
lorsque la ferraille rythme un refrain
palpitant en plein du cœur et des reins.

Mais si, tout entrain j’emprunte le train
qui m’emmène vers l’infini lointain,
autant il me plaît rester dans mon coin
emporté par mon train-train quotidien.

11 Janvier 2016

Amours de Paris

Sens-tu la fraîche haleine
Du vent ivre de pluie
Quand sous le Pont Marie
La lune est dans la Seine ?

Vois : l’île Saint-Louis
Frileuse châtelaine
S’isole de Paris
Par une opaque laine.

Passagers sur le Pont
Du paquebot Marie
Dans le grand pan de nuit
Liquide, écoutons…

Ecoutons la chanson
Qu’on entend sur la bouche
Des amants sur leur couche
Et bat à l’unisson

Du grand cœur de Paris
Où passeront par là
Les filles et les gars
Qui se seront épris…

Bruit de métro

Ce soir un imbécile a murmuré « Mémé »
au creux de mon oreille, alors qu’il me croisait,
en riant sottement de son offense. Mais…
l’idiot ignorait le cadeau qu’il me faisait !

Car les seniors ont maintenant grand vent en poupe
et me désigner faisant partie de leur lot,
de ces vieux pots où l’on fait les meilleures soupes,
était un compliment, venant de ce ballot !

4 Mai 2015 au soir, couloir de métro en passant

Eblouissement

Par un ciel de Paris, gris, pluvieux et morose,
Perdu en des pensées où passaient mille choses,
Me trouvant par hasard au détour d’une rue,
Je relevai les yeux quand soudain m’apparut

Là-bas et tout au fond, par-dessus les immeubles,
Un étincelant, sublime panorama
De nuées assemblées en un Himalaya,
Toute une chaîne immense au scintillement bleu…

Contemplant, ébloui, ces masses surprenantes
Qui faisaient de la rue au décor ordinaire
Un endroit transformé par cet imaginaire
M’arrachant d’un seul coup aux idées obsédantes

Pour me livrer, captif, à un enchantement,
Je songeai, tout pensif, après quelque moment
Où j’avais vu les nues peu à peu se défaire

En défaisant aussi le charme où j’étais pris,
Qu’il suffit d’un instant à notre esprit surpris
Pour rendre à notre vie sa beauté nécessaire.

Intermèdes métropolitains

1.
C’est intéressant le métro, on y voit des gens, des gens qui font des choses. Comme une dame qui se met (ou se remet) du rouge à lèvres en étirant ses lèvres et faisant des mines. Il n’y a rien de si horrible que ce geste effectué en public par une femme qui veut s’embellir. Le délicat passage du rouge nécessite de telles grimaces d’étirement des lèvres sur les côtés puis leur pointage en avant, enfin, une mimique tellement honteuse que seul un miroir personnel devrait pouvoir assister à cette opération. En tout cas, le résultat de cet acte public est la prééminence de l’image très laide de la femme en train de l’accomplir sur celle qu’elle voulait donner d’elle-même justement après passage à l’acte. Il est vrai que nous ne sommes pas souvent maîtres de notre image telle que nous souhaiterions l’exposer à autrui. Il y a parfois des écarts importants…

2.
J’avais pris le métro avec une personne (appelons-là VR pour Vague Relation) rencontrée ce jour-là, qui m’avait dit avoir ce moyen de transport en horreur et ne l’utiliser que rarement car il lui arrivait chaque fois des histoires pénibles. Devant mon étonnement, moi qui adore le métro et l’emprunte tout le temps sans avoir jamais connu, ou alors peu fréquemment, des choses désagréables, VR me dit « Oh vous allez voir, ça m’étonnerait qu’il ne se passe rien cette fois encore ! ». Nous montons dans le wagon. Aussitôt VR se cale dans un coin d’où elle examine ostensiblement d’un air suspicieux et presque menaçant chaque voyageur à sa portée de vue. Après quelques instants de ce manège que j’observai avec curiosité, cela ne manqua pas : un jeune homme, agacé d’être dévisagé de la sorte, apostropha VR d’un ton énervé : « Qu’est-ce que t’as, toi, tu veux ma photo ? » Laquelle répondit sur le même ton  « Non mais dis donc, est-ce que j’te cause, à toi ? ». S’ensuivit un échange de répliques de plus en plus agressives de part et d’autre, qui ne cessèrent que lorsque le jeune homme descendit à la station suivante non sans lancer un « pauvre conne ! » retentissant. Sur-le-champ, VR retrouva son assurance pour édicter d’un ton définitif : « Vous voyez, quand je vous le disais ! »…

La rue

La rue est corne d’abondance :
il y a du bruit et du silence,
du chic, du bon ton, de l’outrance,
du tout-venant, de l’élégance,
des pas assurés, des errances…
Et le soir des lumières y dansent.
Il y a de tout quand on y pense !

La rue, c’est une misérable
où certains pour garnir leur table
doivent y faire le pied de grue
quand le malheur tombe trop dru.

La rue, c’est l’auberge du pauvre
qui trouve un peu à se nourrir
dans les poubelles, et pour dormir
il s’y bricole un coin d’alcôve.

La rue est permanent théâtre,
lieu de pièces inattendues
pour observer ou pour débattre
avec des acteurs inconnus.

La rue est le lieu de passage
obligé pour tous, forcément,
sans distinction de sexe ou d’âge,
qui nous appartient un moment.

La rue, c’est la cour des miracles
où tout se trouve, où tout se perd.
Il y a du soleil et des flaques…
C’est un véritable univers
qui s’arpente inlassablement,
par le beau et le mauvais temps,
par les hivers et les printemps,
et attirant comme un aimant.

24 Janvier 2016

Jardin

Le jardin, c’est un mot ouvert au merveilleux,
Aux souvenirs d’enfant, les jambes dans les herbes,
Aux échos de l’Eden que notre coeur conserve
Comme une eau jaillissante et fraîche en son milieu.

Le jardin, c’est ce lieu que nous voudrions atteindre
Pour y enfouir le mal et semencer le bien,
Reposoir où jamais l’on n’aurait plus à feindre
Vouloir être quelqu’un de peur de n’être rien.

Le jardin, c’est l’abri, le havre, l’oasis,
Une goutte lactée de la Nature heureuse
De réjouir le sein de ses enfants assis
Dans l’ombre, en écoutant les villes qui se taisent.

Verlaine au cœur

Me déchirent LES SANGLOTS LONGS, quand ne sont plus
Fêtes ni bals ni les pianos ni DES VIOLONS
Pour me désendeuiller DE L’AUTOMNE, selon
Leurs apparats qui BERCENT l’ennui absolu.
– Autant de flèches en MON CŒUR enracinées,
Le sclérosant D’UNE LANGUEUR abandonnée
À son intime et MONOTONE bruit de fond.

Parfois le jour TOUT SUFFOCANT me laisse à nu,
Parfois l’aube sereine ET BLÊME diminue
Mon incurie molle QUAND SONNE midi cru,
Car il est L’HEURE de l’affairement accru.
Quelque autre fois JE ME SOUVIENS du temps d’alors
Rutilant des fastes DES JOURS et de leurs ors…
Mais ce sont lustres très ANCIENS aujourd’hui morts
Et je soupire ET JE PLEURE aux rives du sort.

Et je m’éloigne ET JE M’EN VAIS toujours ailleurs
Caprice AU VENT de mes passions et mes douleurs
Suivant l’élan bon ou MAUVAIS qui me soulève
Et QUI M’EMPORTE vers d’indéchiffrables rêves…
– Pauvre âme errant DEÇA DELA en étrangère,
Ton destin serait-il PAREIL A LA matière,
Comparable, à la FEUILLE non, mais à la pierre
Inerte et MORTE et glacée pour la fin des ères ?